Eveline Kindler // Alexandre Calame (1810-1864) // Une prise aux environs de la Handeck

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N’ a-t-il pas commencé à tonner dans les montagnes autour du petit hameau Handeck? Les paysans doivent se dépêcher pour engranger le foin avant la pluie. Il serait dommage, que les travaux des semaines dernières soient réduits à néant. Le ciel s’est déjà obscurci, d’un bleu clair il a passé à un gris foncé. Des rayons du soleil isolés essaient d’évincer les nuages de pluie et il ne durera plus longtemps jusque à ce que les nuages foncés gagnent la lutte et qu’il commence à pleuvoir. S’ il faisait très chaud et oppressant ces derniers jours, un vent plus frais refroidit soudain la chaleur. Cet orage arrivera prochainement à la lisière où je me trouve. C’est pourquoi je me retire sous la protection d’un toit de feuilles d’un grand arbre. Le sol aimera la pluie, parce qu’il n’a pas plu depuis trois semaines et la terre est désséchée. Est-ce qu’il y aura une tempête ou seulement une averse ? Le ruisselet qui barbote heureusement près de moi sur des petits rochers se remplira vite d’eau et froufroutera comme un ruisseau sauvage. J’aime beaucoup la pluie, parce qu’après, tout prend une odeur fraîche et comme nouveau. Et la terre cuirera à la vapeur de cette humidité brusque. Une seule goutte de pluie touche mon bras et dans les montagnes on voit quelques éclairs, suivi des tonnerres. L’écho est renfoncé par la vallée et resonne maintenant de manière menaçante. Bientôt tout et tout le monde serai mouillé et se cachera s’il est possible. Le ciel maintenant est devenu très sombre et il fait frais, c’est pourquoi je mets mon pullover. Une deuxième goutte de pluie claque sur le sol, suivie d’une autre et tout à coup on entend un coulment régulier sur les feuilles, les rochers e dans le petit ruisselet. Heureusement je me suis retiré à l’heure et je peux observer cet abat au sec. Je suis souvent ici, dans ma petite cachette, lointain de Handeck et du quotidien. En toute tranquillité je me repose et je jouis de la nature, du silence et je rêve. Cette place émette pour moi une harmonie totale et une union avec la nature. Ici je peux ordonner mes pensées, et réfléchir en paix. Personne ne veut rien de moi, rien ne me dérange et j’oublie tout ce que devrait être fait. Souvent j’emporte des crayons et du papier avec moi, pour que je puisse éterniser ces impressions merveilleuses pas seulement dans mon cœur. Tout à coup on remarque la variété de la nature, et nous, les hommes en sont une partie. Mais ce n’est pas facile d’ expliquer ce que je sens, on doit le voir et éprouver. S’il y aura un arc-en-ciel après cette averse ? A la Handeck on dit, quand il y a un arc-en-ciel après un orage, tout continue mieux et tous les désirs se réaliseront. Je ne suis pas malheureux, mais chaque homme a ses désirs. Handeck est un petit village de paysans, où chacun connaît chacun, et qu’on aime le bavardage. C’est pourquoi je suis plutôt seul, mais je sais, on blasphème déjà que je suis un solitaire. Je désire souvent trouver un vrai ami, quelqu’un qui pense comme moi, et avec qui je pourrais partager mes pénsées et qui comprend la beauté de la nature. La plus terrible est, je pense, qu’ ici on ne peut pas s’asseoir quelque part, et dire rien. Ouf, je n’ai pas remarqué que la plui avait arrêté, je suis enfoncé dans mes pensées. Maintenant, la mousse brille des gouttes de la pluie, l’eau coule des feuilles et les premiers rayons du soleil chauffent déjà le sol. C’est merveilleux, on peut sentir la pluie, mais je n’en peux pas parler avec personne. Lentement, le ciel se colore de rouge, la lumière devient chaude et immerge Handeck, les montagnes et la lisière dans un brun doux. Qu’est-ce qui est plus beau qu’une journée dans la nature où on peut suivre les changements du matin à la nuit ? Bientôt on voit les étolies au ciel noir et tout le monde commence à se rendre chez soi, parce qu’ici on ne connaît pas le mot ensemble,chacun ferme les fenêtres avant la nuit et va au lit. Moi suelement, je suis assis en amont, et j’observe les étoiles et la pleine lune qui illumine ce village conservateur. Pourquoi est-ce qu’on ne peut pas jouir d’une telle soirée avec une autre personne ? On ne peut pas passer la vie toujours seul en se concentrant à soi-même. Ici on pourrait faire un feu de bivouac, parler ou chanter ensemble et avoir du plaisir. Peut-être l’arc- en- ciel a-t-il entendu ma prière et ouvrira-t-il les cœurs des hommes ? Maintenant, je me blotis dans mon sac de couchage, il n’y a personne d’autre, le ruisselet barbotant, s’est calmé, les animaux sont allés se coucher, seulement la lune veille sur cette idylle.